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Christophe

Brezellec

Mémoire des Arbres

PAROLES

 

Il est des paroles puisées dans le bouillonnement des sources, ramassées dans les ornières des chemins creux, cueillies sur la haute branche des arbres, glanées au cœur des landes sous les racines noueuses des bruyères.

 

Il est des paroles arrachées aux parois escarpées de nobles falaises, pêchées dans le flux et le reflux des marées, entendues dans les houles lorsque s’affrontent le vent, la mer et la terre.

 

Il est des paroles butinées dans le regard des hommes, levées dans le vol du corbeau, la course du loup et le saut du saumon, grappillées sous les rochers des chaos, héritées des vestiges du passé.

 

Il est des paroles récoltées dans les fissures des vieux murs, ramassées dans la mousse humide des sous-bois, moissonnées sur le crâne chauve du Menez-Hom, acquises dans le creuset du Yeun-Ellez.

 

On trouve cent paroles, mille matières de chant dans le ventre de la terre ancestrale. Elles ne peuvent rester cachées, demeurer ensevelies dans la roche, dans les replis du sol, dans la poitrine des Gawrs, les puissances de l’origine.

 

Elles croissent sur les épaules des chênes, sur le front des bouleaux, dans la barbe des saules, à la pointe des herbes.

Bavarde est la branche du grand arbre.

Elles s’élèvent sur les chemins des vents, elles se révèlent sous les frondaisons obscures de la nuit, dans les pages écumeuses de l’océan.

Bavarde est la vague de la grande mer.

Elles jaillissent dans l’onde de la source sylvestre, elles s’égrènent dans la fuite du sable blond, dans l’errance du crachin.

Bavarde est la rafale du grand souffle.

 

Le froid aussi grave ses vers à la pointe du givre, la rosée matinale dévoile les secrets de la nuit sur la toile de l’araignée, les arbres chevelus chantent dans le vent les racines du monde, les colonnes de lumière éveillent les brens des sous-bois.

 

Il est des paroles recueillies sous l’écorce de la sylve armoricaine, mémoire des arbres, nos vieux compagnons.

 

Ces paroles, puissantes et profondes, ne les oublions pas

car elles nous rendent forts de la puissance du monde.

 

 

 

 

                                                                          C.BREZELLEC